Se rendre au contenu

le Cabernet Sauvignon

De la révolution de Tachis aux montagnes d'Atina
28 juillet 2026 par
Marco Mancini

Le Cabernet Sauvignon en Italie 

Pendant longtemps, le Cabernet Sauvignon était considéré comme un étranger en Italie. Un peu comme un Anglais qui débarquerait à Naples en commandant des spaghetti à la sauce ketchup. Aujourd'hui pourtant, certains des plus grands vins italiens lui doivent une partie de leur réputation. Mais cette histoire est bien plus complexe qu'il n'y paraît.

Tout commence en France…

Le Cabernet Sauvignon naît au XVIIᵉ siècle en Gironde, d'un croisement naturel entre le Cabernet Franc et le Sauvignon Blanc. Pendant près de trois siècles, il règne essentiellement sur Bordeaux.

L'Italie, elle, possède déjà une incroyable richesse de cépages indigènes : Sangiovese, Nebbiolo, Aglianico, Nerello Mascalese, Bellone, Cesanese… Pourquoi irait-elle chercher ailleurs ?

Puis arrivent les années 1960.

Quand l'Italie décide de casser les codes

À cette époque, les grands vins italiens souffrent d'une réputation parfois injuste : beaucoup sont produits selon des cahiers des charges rigides qui privilégient davantage la tradition que la qualité.

Une nouvelle génération de producteurs veut changer les choses. Parmi eux, un homme va profondément transformer l'œnologie italienne : Giacomo Tachis.

Diplômé d'Alba, il devient l'œnologue de la famille Antinori avant de conseiller ensuite plusieurs des plus grands domaines du pays.

Son idée est simple : Si certaines règles empêchent de produire de grands vins, alors mieux vaut produire de grands vins… quitte à sortir des appellations officielles.

Les "Super Toscans"

En Toscane naissent alors des cuvées devenues mythiques. Le plus célèbre est Sassicaia, élaboré à Bolgheri à partir de Cabernet Sauvignon.

Suivent Tignanello, Solaia, Ornellaia…

Ces vins sont parfois classés comme de simples « vins de table » parce qu'ils ne respectent pas les règles des DOC. Ironie de l'histoire : ils deviennent parmi les vins italiens les plus recherchés au monde.

Le Cabernet Sauvignon n'est plus un cépage étranger.

Il devient l'un des symboles de la renaissance qualitative de l'Italie.

Carlo Guerrieri Gonzaga : une autre vision du Cabernet

Si Tachis représente l'œnologue visionnaire, Carlo Guerrieri Gonzaga incarne le vigneron perfectionniste. Au domaine San Leonardo, il développe depuis les années 1970 un assemblage inspiré des grands vins bordelais. Le Cabernet Sauvignon y dialogue avec le Cabernet Franc et le Merlot.

L'objectif n'est pas de copier Bordeaux. Le climat alpin du Trentin apporte davantage de fraîcheur, une tension remarquable et une élégance presque aristocratique.

Le San Leonardo est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands vins rouges d'Italie.

Et Atina dans tout cela ?

C'est ici que l'histoire devient particulièrement intéressante.

Car contrairement aux grands Cabernet toscans ou trentins, le Cabernet d'Atina est presque inconnu du grand public. Située dans le sud du Latium, au pied des Abruzzes, l'appellation Atina bénéficie d'un climat étonnamment favorable aux cépages bordelais.

Les journées sont chaudes. Les nuits restent fraîches grâce à l'altitude. Les sols mêlent argiles, calcaires et dépôts alluviaux.

Résultat : les Cabernets y développent une maturité complète tout en conservant une belle fraîcheur.

Peut-on comparer Atina aux grands Cabernets italiens ?

Oui…

…mais pas pour les mêmes raisons.

Les grands Super Toscans recherchent souvent la puissance, la concentration et la richesse.

San Leonardo privilégie l'élégance, la finesse et une incroyable capacité de vieillissement.

Les Cabernets d’Atina jouent une autre partition : Ils offrent souvent davantage de fraîcheur méditerranéenne, une expression plus directe du fruit, des tanins bien dessinés et une identité encore largement méconnue.

Ils n'ont pas la notoriété de Sassicaia.

Ils ne possèdent pas encore le prestige international de San Leonardo.

Mais ils disposent d'un avantage considérable : Ils restent accessibles.

Et surtout, ils permettent encore de faire ce qui devient rare dans le monde du vin : découvrir un grand Cabernet avant tout le monde.

La prochaine grande surprise italienne ?

Pendant des décennies, les amateurs se sont rués sur les Super Toscans.

Puis ils ont découvert Bolgheri.

Aujourd'hui, de plus en plus de passionnés cherchent des terroirs moins connus, capables d'offrir une qualité comparable sans atteindre des prix vertigineux.

Atina fait partie de ces appellations discrètes.

Elle ne cherche pas à imiter la Toscane.

Elle écrit simplement sa propre histoire.

Et si le prochain grand Cabernet italien venait finalement… du Latium ?

Atina Doc


Dans les années 1990, le rêve de nombreux producteurs italiens était de faire un vin qui ressemble aux grands Bordeaux.

Aujourd'hui, la tendance s'inverse.

Les amateurs recherchent des vins qui racontent un lieu, pas seulement une recette œnologique. Les cépages autochtones retrouvent leurs lettres de noblesse, et même lorsqu'un cépage international comme le Cabernet Sauvignon est utilisé, on attend de lui qu'il exprime son terroir plutôt qu'un style standardisé.

C'est précisément là que le Cabernet d'Atina peut tirer son épingle du jeu. Il n'a pas besoin de rivaliser avec Sassicaia ou San Leonardo. Il peut proposer autre chose : une interprétation latiale du Cabernet, façonnée par les reliefs, les amplitudes thermiques et les sols de la vallée de Comino.


Marco Mancini 28 juillet 2026
Partager cet article
Archive