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Sassicaia, le rêve de Monsieur le Marquis

11 avril 2026 par
Marco Mancini

Sassicaia, l'aboutissement d'un rêve

Monsieur le Marquis

Tout commence avec le Marquis Mario Incisa della Rochetta, un homme qui, manifestement, n’avait pas peur de faire des choix audacieux. Dans les années 1960, alors que le Chianti décidait tranquillement d’ajouter jusqu’à 30% de cépages blancs dans ses rouges — un peu comme si on décidait d’ajouter de la limonade dans un espresso — le Marquis, lui, dit : « Très peu pour moi. »

Ni une ni deux, il plante du Cabernet Sauvignon et du Cabernet Franc dans un coin de Toscane où personne n’avait pensé à faire ça. Pourquoi ? Parce qu’il voulait recréer ses vins préférés : les Bordeaux. Et comme son terroir était graveleux, il s’est dit : « Parfait, ça ressemble aux Graves, on y va. »

Le Sassicaia naît donc d’un caprice aristocratique… et d’un sens du timing absolument parfait.

Au début, ce vin n’était même pas destiné à être vendu. C’était le petit plaisir privé du Marquis, son vin de chevet, son doudou œnologique. Puis en 1968, il se décide enfin à le commercialiser. Probablement parce qu'il en avaient marre d'offrir des bouteilles à ses potes.

Et puis arrive Monsieur Tachis

Mais le vrai héros de l’histoire, c’est Giacomo Tachis, l’œnologue génial qui a apporté science, rigueur et fermentation en  inox dans tout ça. Tachis, c’est un peu le type qui arrive dans une cuisine traditionnelle et dit : « Et si on utilisait un thermomètre ? »

Résultat : fermentation maîtrisée, vin impeccable, et un mythe en construction.

Il convient de noter que Giacomo Tachis a également travaillé sur d’autres vins italiens emblématiques, tels que le Tignanello et le Solaia, qui sont également considérés comme faisant partie des premiers Super Toscans. Son influence et son expertise ont été essentielles dans le développement de ces vins révolutionnaires, y compris le Sassicaia, qui ont contribué à changer le paysage viticole italien et à élever la réputation des vins italiens sur la scène mondiale.

1978, la consécration

Et en 1978 c’est la consécration. La revue américaine Decanter consacre le millésime 1972 meilleur Cabernet Sauvignon, bien devant les plus grands châteaux bordelais. Oui, oui, devant les grands châteaux bordelais.

J'imagine la scène : les Bordelais recrachent leur dégustation en faisant , les Toscans dansent la tarentelle, et le Marquis réalise qu’il aurait peut-être dû planter plus de vignes.

Car évidemment, la demande (américaine) explose. Et comme l’offre est limitée, le prix grimpe plus vite qu’un chat poursuivi par un chien. Le Sassicaia devient un mythe, un symbole, un trophée. Aujourd’hui, certains sont prêts à payer 300 € pour une bouteille. (Et ceci pousse automatiquement à la contrefaçon). Il fait partie de ces noms qui font rêver. Mais en dehors de la réputation, de l’étiquette, est-ce là raisonnable? Faut-il vraiment dépenser cette somme pour avoir un grand vin dans son verre?

Est-ce raisonnable ?

Chaque année des milliers de viticulteurs réalisent des vins d’exception. Malheureusement (ou heureusement) Ils attendent toujours d’être reconnus par un Decanter quelconque. Actuellement, seuls les guides classiques comme Gambero Rosso, Veronelli, Bibenda les ont remarqués. Ou pire, juste quelques sommeliers. Mais ces vins sont réservés aux vrais amateurs, ceux qui n’ont pas besoin d’une étiquette connue pour être rassurés!

Les vrais amateurs, quoi.

Prenons un exemple concret : le Thesan 36.

Un vin produit par Le Lase en 2016, et uniquement en 2016, parce que la nature a dit : « Cette année, je vous fais un cadeau. Une seule fois. Ne vous habituez pas. »

600 bouteilles seulement. Une cuvée confidentielle, rare, précieuse… mais évidemment pas dégustée par Decanter.

Résultat : un prix dérisoire comparé au Sassicaia, alors que dans le verre, ça peut faire rougir plus d’un grand nom.

Un autre exemple ? l'Apolide de chez Marco Carpineti... Encore un vin qui n'est fait que les grandes années...

Conclusion

Le Sassicaia, c’est une belle histoire, un mythe, un monument.

Mais les grands vins ne se limitent pas aux légendes.

Parfois, la vraie magie se cache dans une bouteille discrète, produite par un vigneron qui n’a pas de château, pas de marketing, mais un talent fou.

Et ça, c’est le genre de trésor que j’adore dénicher.


Marco Mancini 11 avril 2026
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